
L’Irak actuel couvre une grande partie de la Mésopotamie, un des berceaux de la civilisation. C’est également sur les berges du Tigre, passant par Bagdad, que l’écriture est née, il y a 5000 ans. À l’époque Sassanide, le territoire de l’Irak est intégré au Khvarvaran, la province occidentale de l’Empire perse.
Capitale: Bagdad
Population: 26 783 383 (estimation 2006)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe mésopotamien (51,3 %)
Groupes minoritaires: dialectes arabes (22 %), kurde (18 %), azéri (4 %), assyrien (1,3 %), farsi (1,2 %), turkmène (1 %), arménien (0,27 %), circassien (0,08 %), etc.
Système politique: république militaire à parti unique
M. Jalal TALABANI (depuis le 6 avril 2005)
M. Adel ABDEL-MEHDI, Vice-Président
M. Tarek AL HACHEMI, Vice Président
Premier Ministre : Nouri al-Maliki (depuis le 20 mai 2006)
Le gouvernement est actuellement dirigé par Nouri al-Maliki, à la tête d’une coalition chiite. Dans un effort de répartir les rôles entre les trois principales communautés, l’exécutif est partagé entre trois personnes : le président (largement honorifique, Kurde), le Premier ministre (chiite), et le président du parlement (sunnite). Chacune de ces têtes est flanquée de deux adjoints, appartenant aux deux autres communautés. Cette répartition est parfois critiquée : si elle permet d’afficher une répartition du pouvoir, elle est accusée de confessionnaliser encore davantage le débat politique.
Superficie : 434 924 Km
Principales villes : Al Basrah, An Najaf, Arbil, Sulaymaniyah, Babil, Bagdad, Dahuk, Karbala’
Langues : arabe, kurde, anglaismusulamans 97% (dont chiites 60 à 65 %, sunnites 32 à 37%, chrétiens et autres 3%)
Guerre d’Irak, cinq ans déjà
par Alain Gresh
Il y a cinq ans, les Etats-Unis se lançaient à l’assaut de l’Irak. Plusieurs centaines de milliers de civils irakiens (et 4 000 soldats américains) tués plus tard, il apparaît de plus en plus que cette guerre aura été une des plus grandes catastrophes que le Proche-Orient ait connues depuis cinquante ans. Et ses conséquences seront sans doute bien plus durables que celles que la guerre du Vietnam a eues sur l’Asie.
On se rappelle que les deux prétextes de cette guerre étaient les armes de destruction massive, dont il a été prouvé qu’elles n’existaient pas, et le lien entre Saddam Hussein et le terrorisme (la moitié des Américains étant convaincus que le dictateur irakien était derrière les attentats du 11-Septembre).
Début mars, le Pentagone a publié un rapport fondé sur 600 000 documents examinés, démontrant qu’il n’existait aucune relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein. Mais la transparence a des limites. Comme le rapporte ABC News, le 12 mars, dans « Pentagon Report on Saddam’s Iraq Censored? », le Pentagone a annulé l’envoi d’un communiqué de presse sur le rapport et a décidé de ne pas le publier en ligne. Il ne sera fourni qu’à ceux qui en feront la demande et sera envoyé par la poste ! ABC a mis en ligne un résumé du rapport (« Iraqi perspective project. Saddam and terrorism : Emerging insight from Captured Iraqi documents Volume 1, redacted) »).
Le rapport affirme que Saddam Hussein a soutenu des groupes terroristes, notamment palestiniens. Mais il insiste : « Les principales cibles des opérations terroristes de l’Etat irakien étaient les citoyens irakiens, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak. »
En revanche, le rapport dément toute relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein. ABC rappelle une des déclarations de George W. Bush, rapportée par le Washington Post du 18 juin 2004 : « La raison pour laquelle j’ai continué à insister sur la relation entre l’Irak, Saddam et Al-Qaida, c’est parce qu’il y avait une relation entre l’Irak et Al-Qaida. »
Cette interprétation du rapport est contestée par un néoconservateur, William Kristol, dans The Weekly Standard, « Why is the Bush administration silent on the new Pentagon report? » (24 mars 2008). Selon lui, le rapport intégral précise, en page 42, que « Saddam soutenait des groupes directement liés à Al-Qaida (comme le Djihad islamique, dont le dirigeant fut à un moment Ayman Al-Zawahiri, le bras droit de Ben Laden) ou partageait les buts et les objectifs affirmés par Al-Qaida ». On peut pourtant douter que Saddam Hussein ait soutenu l’idée d’un Etat islamique ; quant à partager les « buts » d’Al-Qaida, s’il s’agit du départ des Etats-Unis de la région, on peut dire qu’ils sont ceux de la grande majorité de l’opinion publique.
Le New York Times du 16 mars a demandé à neuf « experts » ou responsables de donner leur point de vue de l’époque sur l’invasion de l’Irak et la manière dont ils voient la situation aujourd’hui (« Reflections on the Invasion of Iraq »). Parmi eux, Paul Bremer III (le premier proconsul américaine en Irak) et Richard Perle, un théoricien néoconservateur.
Je posais ici même la question de savoir si « les Etats-Unis vont gagner la guerre en Irak », en expliquant que Washington mettait en avant la diminution des pertes américaines et civiles irakiennes au cours des derniers mois. Un article dans le Washington Times du 15 mars, « Iraqi civilian deaths rise again » (Sharon Behn), actualise ces données. Selon la journaliste, 422 Irakiens ont déjà été tués en mars, contre 544 pour tout le mois de janvier et 674 pour le mois de février. Ainsi, la tendance à la baisse des victimes irakiennes aurait été enrayée.
Il faut noter aussi que, sur l’autre front de « la guerre contre le terrorisme », l’Afghanistan, cet « Etat défaillant », la situation semble échapper aux forces américaines et à l’OTAN. Ce sera d’ailleurs un des thèmes du sommet de l’OTAN à Bucarest, les 2-4 avril prochains. Dans une dépêche de l’agence Reuters du 11 mars, « UN Reports sharp rise in Afghanistan attacks », il est écrit que, selon un rapport du secrétaire général des Nations unies, les attaques ont augmenté de manière importante en 2007 : on a compté 566 incidents par mois, contre 425 en 2006. 8 000 personnes ont été tuées dont plus de 1 500 civils. On a aussi compté 160 attentats-suicides en 2007 (contre 123 en 2006). Les travailleurs humanitaires et les ONG sont des cibles de plus en plus fréquentes.
Pour l’évolution des conflits au Proche-Orient depuis l’invasion américaine de l’Irak, on pourra consulter l’ensemble des articles consacrés par Le Monde diplomatique, regroupés dans « Proche-Orient, les guerres du XXIe siècle
La reconstruction de l’Irak a été la plus grande opération de ce type menée par les Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais restera dans l’histoire comme un fiasco aux dimensions abyssales. C’est aussi, souligne le New York Times, un avertissement à la prochaine administration Obama, alors que les Etats-Unis essayent de mener une opération de reconstruction similaire en Afghanistan.








